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RDC-Fizi : les prétendues chefferies des soi-disant « Banyamulenge » en République Démocratique du Congo : quand les archives établissent la preuve du contraire, Par Dr Philbert Bilombele B.A. (Hons) – FiziMedia
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RDC-Fizi : les prétendues chefferies des soi-disant « Banyamulenge » en République Démocratique du Congo : quand les archives établissent la preuve du contraire, Par Dr Philbert Bilombele B.A. (Hons)

Written by on février 24, 2020

Les Congolais ont été, une fois encore, estomaqués par la déclaration de la communauté dite « Banyamulenge » à l’issue d’un forum intracommunautaire tenu du 13 au 15 février 2020, sous le haut patronage du Mécanisme de Suivis de l’Accord d’Addis Abeba avec une participation à la hauteur de l’évènement de pas moins de trois ministres et du premier ministre en personne.

Le moins que l’on puisse dire en lisant la déclaration des « Banyamulenge » c’est qu’ils ont, pour la énième fois, déclaré la guerre aux Congolais, et ce en présence de nos dirigeants qui, de toute évidence, font semblant de n’y rien comprendre.

En effet, les « Banyamulenge » continuent leur guerre à deux niveaux : la falsification de l’Histoire de notre pays et l’occupation de nos terres. Falsification de l’Histoire parce qu’au lieu de s’identifier clairement à quelle ethnie du Congo ils appartiennent, ils emploient comme pour masquer la vérité le terme sui generis de « Communauté » pour s’identifier, alors que les Congolais autochtones s’identifient clairement par leur tribu ou ethnie avec fierté et sans aucune honte ! Rarement une peuplade n’aura été aussi complexée de son identité comme le sont les « Banyamulenge » du Congo.

Quant au néologisme « Banyamulenge » de toutes les confusions, les auteurs les plus avisés l’ont déjà contesté par la démonstration historique puisée des archives coloniales belges encore disponibles. La confusion créée par ce néologisme est telle que les « Banyamulenge » eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils sont en réalité. Ils s’identifient tantôt comme des « Banyamulenge », tantôt comme des « Rwandophones », ou encore comme des « Tutsi Congolais », tout un amalgame de patronymes créés de toutes pièces pour dissimuler leurs origines rwandaises dans le seul but de se faire une identité congolaise trompeuse afin d’occuper nos terres par la ruse et la force.

Pour preuve, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, Monsieur Azarias Ruberwa se présentait à un journaliste congolais à Washington, M. Marius Muhunga, comme étant : « tutsi congolais et fier de l’être », alors qu’au même moment, son propre frère Raphaël Manywa clamait à Minembwe, devant la caméra de Cyprien Wetchi (dit Avocat du diable), qu’il était de l’ethnie « Banyamulenge » ; cela veut dire que les deux frères germains appartiennent à deux ethnies distinctes, l’un tutsi, l’autre « Banyamulenge ».

Mais nous avons connu pire encore : le cas d’un père appartenant à l’ethnie « Banyamulenge » selon qu’il réside au Sud-Kivu et son fils parti vivre à Vyura dans la province du Tanganyika, qui se transformait de manière surnaturelle à la faveur de l’effet des vagues du lac du même nom en ethnie « Banyavyura ».

Personne n’est dupe : on sait que Mulenge est l’un des sites où ces réfugiés rwandais ont été placés par le HCR en 1960 (voir Annexe No. 3). Mulenge ne peut donc pas désigner une ethnie et si c’en est une, c’est qu’elle n’est pas d’origine congolaise.

Là n’est pas mon propos de ce jour. J’attire tout simplement l’attention des congolais sur le point 10 de la déclaration des « Banyamulenge » en date du 15 février 2020 : ils demandent purement et simplement à notre émollient gouvernement de « réhabiliter « les chefferies Banyamulenge » créées respectivement le 6 octobre 1891, le 3 juin 1906 et le 2 mai 1910 supprimées par un décret colonial injuste du 5 décembre 1933 du Ministre L. FRANCK ».

Bien sûr aucun membre du gouvernement n’a été choqué par cette déclaration, même pas le premier ministre, pourtant il s’agit là d’une déclaration de guerre contre la République parce que des sujets rwandais demandent à notre propre gouvernement de leur céder des parties entières du pays !

C’est à cette requête de capitulation adressée à la République démocratique du Congo que je veux apporter une réponse scientifique, fondée sur des documents historiques à la portée de tous. A titre préliminaire, je note que ces « Banyamulenge » n’ont pas eu le courage de citer la moindre chefferie congolaise qui leur appartiendrait, parce que dans leur for ils savent qu’ils n’en ont aucune en République démocratique du Congo.

Les « Banyamulenge » n’ont jamais eu des chefferies en République démocratique du Congo

Depuis déjà Mars 2017, la commune rurale de Minembwe est sous le feu et le sang. Les rapports en provenance de la République démocratique du Congo font état de plus de 100.000 personnes déplacées, plus de 100 personnes tuées et un nombre important de bétails portés disparus dans ce que beaucoup qualifient d’un conflit interethnique entre les autochtones Babembe, Fuliiru, Nyindu, Lega et les sujets rwandais opérant sous le nom d’emprunt de « Banyamulenge ».

Dans cet article, j’interroge l’histoire de l’Ubembe via les archives coloniales encore disponibles jusqu’aujourd’hui. Il sera d’abord question ici de définir le choix de la terminologie d’Ubembe que j’utilise. S’agit-il de l’Ubembe ? de Fizi ? ou de Fizi-Itombwe (Fizit) ? Cette appellation est-elle appropriée pour décrire l’espace Minembwe ? La réponse à toutes ces questions est affirmative. Je parle bien de l’Ubembe, cet immense pays de Babembe qui, pendant longtemps, a été hospitalier mais plus tard devenu une poudrière après avoir été amputé en morceaux.

Selon Aubel (1930, p. C87) l’Ubembe dénomme « la contrée, située à l’ouest du Tanganyika, qu’habite la tribu des Wabembe ». Cette description n’est pas différente de celle de MM. J. B. Eyriès et Malte-Brun (1862; p.14), qui fait de Wabembe une peuplade qui habite «sur la côte occidentale du lac de Tanganyika ».

Le capitaine Georges Morissens (1912), dans son livre intitulé L’œuvre civilisatrice au Congo belge, situe aussi les Wabembe « sur la rive nord-ouest du Tanganika ».

Les Babembe sont présentés par Père Moinet comme étant une « population redoutable, énergique et tenace ». Ces qualificatifs ont valu aux Bembe une jalousie de tout bord qui a débouché aux massacres de ce peuple. Pour mieux gérer les Bembe, les colonisateurs ont adopté la stratégie de les affaiblir en procédant au morcellement de l’Ubembe en deux pour décourager l’unité du peuple Bembe de peur qu’elle ne conduise à la réclamation précipitée de son indépendance vis-à-vis des colons belges.

Quand l’explorateur Britannique Richard Francis Burton arrive en Ubembe le 23 Avril 1859, il aborda et admira non seulement la beauté de l’Ubembe mais aussi sa terre fertile qu’il qualifia de « plus fertile du monde ». Burton ne se limite pas là. Il parle aussi de la faune, de la flore et de la peuplade d’Ubembe dont les montagnes, les crocodiles et son peuple les ‘WaBembe’ qui, selon Burton, « inspirent une égale terreur ». In fine, Burton accepte et avoue la réalité selon laquelle « la terre appartient aux Wabembe ».

Dans ses souvenirs retracés dans son ouvrage intitulé Aux Rives de Tanganika [Tanganyika] Mgr Lechaptois (1913), rapporte :

« Je me souviens à ce sujet de plusieurs douzaines de boutons de cuivre avec motifs en relief, empruntés à de vieilles tuniques de pompier, qui jouèrent, dans une station de l’Oubembé [Ubembe], le rôle de bons à valeur fixe sur les approvisionnements du Père Procureur. Les indigènes venaient les échanger contre des étoffes chaque samedi ; ce qui évitait une grande perte de temps ».

D’une manière simple, l’Ubembe signifie « le Pays des Bembe ». Pour rappel, avant la période coloniale les noms « des pays » avaient généralement u pour préfixe ». Par exemple, Uvira, Ubembe, Urega, Ugoma, Ubwari, Ukaramba, Ujiji, Urundi, etc. En plus, les langues de ces pays étaient désignées en mettant devant le radical du nom de pays, le préfixe de la 4e classe Ki. Par exemple, Le Kikongo, Kibembe, Kivira, Kirundi, dénotaient les langues de ces différents pays. J’y reviendrai.

Cette notion de grammaire Swahili, devenue politique, utilisée avant la période coloniale et transmise d’une génération à une autre est d’actualité jusqu’à nos jours car jusqu’aujourd’hui encore les tribus autochtones de la RDC sont identifiées par leurs langues. Par exemple, les Bembe parlent Kibembe, les Vira parlent Kivira, les Fuleru parlent Kifuleru etc. Ainsi, s’ils avaient été congolais autochtones « les Banyamulenge » devaient parler le Kinyamulenge (ou le Kilenge ?) ; or ils parlent le Kinyarwanda. Les « Banyamulenge » échappent donc à la logique grammaticale et politique coloniale du Congo, tout simplement parce qu’ils ne sont pas citoyens autochtones de la République démocratique du Congo.

Quand en 1883, Master Mariner Edouard C. Hore explore les 12 tribus du Lac Tanganyika, il avait utilisé les mêmes règles grammaticales pour les étudier (cf. Annexe 1). Dans son étude intitulée On the Twelve Tribes of Tanganyika, Hore représente l’Ubembe dans sa carte comme un pays voisin de l’Umasanze, l’Uvira, l’Ukaramba, l’Ugoma, l’Uzige . Comme on peut le voir sur la carte de Hore, en annexe No 1: Uzige (c’est l’actuel Bushi) ; l’Uvira est l’Uvira actuel [allant de Ruvenga (actuel Luvungi), Kavimba (actuel Kanvivira), Ruhanga (actuel Luanga) jusqu’à Bemba (l’actuel Pemba)] ; l’Ubemba (Ubembe) [allant de Bemba (l’actuel Pemba), Mkabondo’s (l’actuel Abondoki), Ngofi (l’actuel Ngobi), Kabogi (l’actuel Aboke ou Mboko), Mgawezi (l’actuel Mkweci) jusqu’à la rivière Ruwewa (l’actuel Lweba), Msamsi (Umassanzi) (doit être l’actuelle zone s’étendant de la rivière Ruwewa (l’actuelle Lweba),Mgamazi ( l’actuelle rivière Mkemakye) jusqu’à la Rivière Mutambara (actuelle Mtambala) ; l’Ukaramba ( doit être l’actuel Nemba ), Ubwari (c’est le Kirira ou le Mizimu, l’actuel Ubwari) ; l’Ugoma [c’est le Mkanganja, l’actuelle Collectivité de Ngandja dont une partie se trouverait déjà dans l’actuelle province de Tanganyika]).
L’Ubembe, comme pays, avait son peuple, sa terre et son identité loin des autres pays de la région dont l’Uzige, l’Ugoma, l’Ukaramba, l’Umasanze (nouvelles appellations de ces pays déjà données à la note infrapaginale no. 16) et l’Uvira (cfr. Annexe No.1).

De tout ce qui précède, la conclusion qui s’impose est celle selon laquelle l’Umassanze et l’Ubembe étaient deux pays, deux territoires et deux peuples distincts, mais voisins l’un de l’autre. C’est ce qu’on peut d’ailleurs lire dans cet extrait du Bulletin No 91. Janvier-février 1892 de missionnaires d’Afrique qui notent : « après avoir ravagé et dépeuplé le Masanze, la presqu’ile d’Ubwari, une partie de l’Ubembe et l’ubujue, les wangwana de Rumaliza (Muhammad bin Khalfan bin Khamis al-Barwani) vinrent établir des postes tout près des missionnaires de Kibanga ».

Une telle affirmation est suffisante pour réfuter deux théories. La première théorie est celle qui affirme que l’Ubembe appartenait aux Masanze avant la colonie Belge et que les Babembe seraient des immigrés envahisseurs de l’Umassanze venus de l’Est comme Moeller (1936 :11) le suggérait à tort.

Cette première thèse majoritairement avancée par Moeller (1936, p.11) et reprise par méconnaissance à tort par beaucoup de chercheurs intellectuellement paresseux est fausse car les Babembe sont de Bantous. Etant de Bantous, leurs origines doivent être retrouvées à partir du Nord et non de l’Est. La Société Belge des Ingénieurs et des Industriels (1912) ne dit pas autre chose lorsqu’il précise que :

« Sur la rive ouest [du lac Tanganyika], deux races bien distinctes, les Wabembe , au sud-ouest d’Uvira qui se divisent en deux catégories, les Wabembe du lac et les Wabembe des montagnes, puis à hauteur et à l’ouest du poste d’Uvira, la petite peuplade industrieuse des Wavira. Tous de sang bantu ».

Comme tous les Bantous de cette région et de l’Afrique en général, la migration se faisait du Nord au Sud et non de l’Est –à l’Ouest. Les Babembe étant apparentés aux Lega et autres peuples Bantous, il est donc plausible qu’ils ne soient pas « les gens de l’Est » comme le soutient Moeller ; car il est établi qu’à l’Est de Fizi-Itombwe il y a le Lac Tanganyika, or les Babembe sont de nature « les gens de montagnes », qui vivent de l’agriculture et de la chasse. Le journal Le monde colonial illustré No.35 du Juillet 1926 note que « les Wabembe dans les montagnes et les hauts plateaux de l’Est [du Congo] ont pu conserver un caractère plus indépendant et plus farouche ». Et le Père Moinet (1881) d’ajouter :

« Les Wayova [Wazoba] (nom des riverains de la côte du Massanzé), se sont bien vite familiarisés avec nous, mais les Wabembé se tiennent encore à distance. Ces derniers forment une population redoutable qui habite un peu plus à l’ouest, dans les montagnes »

Il n’est donc pas permis d’affirmer que les Babembe sont « les gens de l’Est » et qu’ils seraient arrivés à Fizi-Itombwe après avoir été chassés par les « Babingas » dont aucun peuple au Congo ne porte le nom.La seconde théorie à réfuter est celle qui affirme qu’il semblerait que jusque vers 1650, l’Ubembe actuel (Fizi-Itombwe) serait inhabité. Cette théorie est soutenue par Willemart (1935, p.1) et fort malheureusement plagiée par Moeller (1936, p.45), mais les publications des missionnaires catholiques et explorateurs européens qui ont séjourné dans l’Ubembe avant Willemart et Moeller l’ont battue en brèche en rapportant la preuve du contraire.

En effet, avant l’arrivée des esclavagistes arabes et de colonialistes belges, il existait déjà un espace politico-administratif qu’on appelait « Ubembe » (l’actuel territoire de Fizi et Itombwe) connu en Kibembe comme ‘Esse ‘ya Bùbembe’ (le Pays de l’Ubembe), dont la langue était et est encore le Kibembe [ebembe] et la devise était et l’est encore ‘Esse, Ebalo’ (le Pays, la Terre). Le Père Henry Delaunay, l’un des fondateurs de la Mission Catholique de Lweba, la toute première Mission Catholique au Congo, donne quelques précisions sur ce qu’était l’Ubembe : un « pays très peuplé et très fertile ».

MM. J. B. Eyriès et Malte-Brun (1862, p.221) nous révèlent les peuples voisins de l’Ubembe : ce sont les Wawira [Wavira], les Wasenze [wamassanze], qui occupent les hauteurs à l’ouest des Wabembe; plus au sud, les montagnards de Wagoma puis, dans la même direction, les Waguhha [vraissemblablement Wabuyu], les Wat’hembye [vraissemblablement Watembo] et les Wukatete ou Wakadete [vraissemblablement les WaNyindu].

Le père Delaunay affirme dans le Journal de Missionnaires que quand les premiers pères missionnaires arrivent au Massanze le 25 Novembre 1880 en provenance de l’Urundi, soit 5 ans avant la Conférence de Berlin, l’Ubembe était séparé avec le Massanze par des « collines ».

Dans le Journal La Croix du 17 Juillet 1887, l’Ubembe est situé « à l’ouest, de Kuyala,- jusqu’à la hauteur de l’Ouzighé (vraisemblablement l’actuel Bushi) ».

Cette zone s’étend selon le Journal La Croix, sur « une longueur d’au moins cent cinquante kilomètres, court le long du lac une chaîne de hautes montagnes ». Aubel (1930, p.c87) donne aussi certaines précisions sur la délimitation de l’Ubembe.

Il affirme que l’Ubembe se situait entre « le bassin charbonnier de la Lukuga (Albertville, massif du Mugandja) » et la « zone cristalline du Kivu-Tanganyika ».

Le journal La croix est catégorique sur la peuplade de l’Ubembe : « elle est habitée par une peuplade, les « « Wabembès » encore purs de tout contact avec l’élément musulman. Ces fiers montagnards, divisés par clans, indépendants les uns des autres, ont construit leurs villages sur les crêtes les plus escarpées. L’accès en est sévèrement interdit à tout étranger, surtout si on le soupçonne d’être en relation avec les Arabes ou les Wangwana. Ils s’adonnent à la culture, et leurs montagnes sont comme le grenier de la côte Nord-ouest du lac. Ils descendent parfois dans la plaine pour y échanger les produits de leurs champs contre des pioches ou des lances qui se fabriquent dans l’Ouvira ».

De ce qui précède, il est malhonnête de penser que l’Ubembe (actuellement Fizi-Itombwe) et Uvira étaient des terra nullius, c’est-à-dire, des terres inoccupées avant l’époque coloniale. Mais surtout il est d’une dégoutante hérésie que de prétendre que les « Banyamulenge » – tant est si bien qu’ils existent – aient vécu et eu des chefferies dans cette partie de la République démocratique du Congo durant toute cette période examinée. Les petits mémoires de fin d’études fabriqués pour besoin de la cause par des sujets Banyarwanda dits « Banyamulenge » ici et là dans nos universités n’ont aucune force scientifique probante. En effet, aucune archive coloniale, aucun historien sérieux ne l’avance.

De la razzia Arabe à la colonie Belge

Au cours du 19e siècle l’Ubembe fut l’objet de la razzia arabe. Les témoignages des explorateurs et missionnaires européens aident à comprendre cette page sombre de l’histoire de Fizi-Itombwe. Ces derniers avaient vu des cargaisons des esclavagistes et leurs témoignages sont bel et bien conservés dans leurs livres. Dans le Journal de missionnaires, J. Moinet (1979, p.470) témoigne ce qui suit :

« Le 30 [le 30 Janvier 1881], nous voyons passer en face de Moulonewa [M’lweba] deux bateaux pleins d’esclaves armés, commandés par un arabe d’Oujiji [Ujiji], Mouini [Mwinyi] Waziri. Ils vont venger la mort d’un de leurs amis, qui, s’étant rendu dans l’Oubembé [Ubembe] pour son commerce, a été saisi et mangé par les naturels.

Le résultat de cette expédition fut la destruction complète de plusieurs villages, et l’esclavage de leurs habitants. Toutes ces déprédations et ces horreurs n’amèneront-elles pas de terribles représailles sur nos œuvres et sur nous-mêmes ?

Dieu seul le sait ! Notre vie est entre ses mains, il en dispose à son gré. Pourquoi les nations de l’Europe ne font-elles presque rien pour anéantir ces farouches chasseurs d’esclaves. Abolir la traite sur la côte et les mers, c’est quelque chose ; mais la racine du mal est plus loin. Tant qu’un gouvernement sérieusement résolu à protéger tant de vies humaines sacrifiées si inutilement et si atrocement chaque année, sous l’équateur africain, n’aura pas de représentants à même de contrôler les agissements des commerçants arabes et de leur imposer une ligne de conduite raisonnable, les efforts des prédicateurs de l’évangile de la paix seront toujours paralysés ; heureux s’ils ne sont pas complètement anéantis ».

L’extrait ci-haut n’est qu’un exemple des affres et atrocités, si pas des massacres de Babembe. Et le Père Dromeaux d’ajouter dans sa lettre du 6 novembre 1891 au Saint Siège :
« Les Wanguana ont alors pris le chemin de l’Ubembé autant pour piller les champs que pour faire la chasse aux esclaves. Ils s’y sont établis en dix endroits et y resteront tant qu’il y aura des vivres. Puis ils se transporteront ailleurs. Ce sont des sauterelles. Où ils passent, c’est le désert et la mort ».

Dans une lettre rédigée à partir de Kibanga le 2 Avril 1892, le père J. Moinet s’inquiète sur l’avancée de la traite arabe et le sort réservé aux Bembe. Il note : « Je crains bien que nous ne soyons bientôt forcés d’abandonner Kibanga. Outre la mortalité, qui est effrayante, le pays environnant [l’Ubembe] a été dévasté par les gens de Romaliza. Il n’y a plus ici tout autour un seul habitant en dehors de nos catéchumènes, qui s’élèvent à près de 2.000. L’Ubwari est un désert, et dans les six derniers mois le nombre des Wabembe tués, morts de faim ou prix comme esclaves, s’élève sans exagération à plus de 10.000 ».

Les « Banyamulenge » étant un néologisme créé de toute pièce vers les années 1980, ne peuvent pas raconter une telle histoire sur la razzia arabe. Georges Weiss que les « Banyamulenge » citent à tort et attribuent des affirmations qui n’ont jamais été les siennes (1959 :146) _____ précision étant faite que dans le livre de cet auteur le terme « Banyamulenge » n’apparait nulle part de la première à la dernière page, mais que Weiss utilise bel et bien le terme des « Ruanda » pour désigner les réfugiés rwandais aujourd’hui métamorphosés en « Banyamulenge » _____, en donne quelques détails quand il note que « la tradition raconte que les peuples de la partie sud de la plaine de la Ruzizi et de la rive nord-occidentale du lac Tanganyika, c’est-à-dire Fulero, Rundi , Vira et Bembe, souffrirent énormément des incursions arabes ». Pendant ce temps où les Babembe, Bavira, Fuleru et les autres congolais autochtones souffraient de la razzia arabe, les « Banyamulenge » n’étaient nulle part ; en tout cas pas au Congo, car l’appellation « Banyamulenge » -___contestée même par James Kabarebe qui disait avec raison qu’il n’existe pas de « Banyamulenge » tout comme il n’existe pas des Banyakigali puisqu’ils habitent le mont Kigali (un peu de bon sens quand même) ____n’était pas encore en usage. Il vient donc d’être démontré scientifiquement qu’aucune ethnie « Banyamulenge » n’a jamais existé au Congo non plus dans cette période esclavagiste examinée ci-dessus. A fortiori la nouvelle ethnie « Banyamulenge » ne pouvait avoir des chefferies au Congo, car cela implique nécessairement une possession des terres.

Aucune chefferie des « Banyamulenge » n’a jamais existé non plus à l’époque coloniale au pays des Babembe

Les théories réfutées dans cet article étaient faussement répandues ; d’abord par certains colonisateurs, puis reprises sans aucune preuve par les ennemis de Babembe comme des faits avérés. Malheureusement, ces théories sont à la base de plusieurs massacres et tueries dans l’espace Fizi-Itombwe (l’Ubembe).

En plus, elles avaient dépouillé l’Ubembe de son hospitalité légendaire et l’a plongé dans une hostilité permanente et indescriptible – pour reprendre l’expression de Weiss – « entre les « indigènes » et les « émigrés » fuyant le Rwanda (selon Weiss, 1959 : 148) » à la conquête des terres qui voient en Ubembe un ‘no man’s land’.

Ainsi, Weiss que les Banyarwanda dits « Banyamulenge » citent à souhait en lui attribuant des affirmations qui ne sont pas les siennes distingue-t-il bien les indigènes (autochtones Babembe) et les émigrés réfugiés rwandais fuyant leur pays c’est-à-dire les soi-disant « Banyamulenge » d’aujourd’hui.

Il sied donc de rappeler que l’Etat Indépendant du Congo (EIC) était créé par la fusion des terres qui appartenaient aux Bami, Chefs Coutumiers indigènes, autochtones. C’est ainsi que les Babembe, Bafuleru, Bavira, Balega et Banyidu avaient leurs terres arrachées soit par force, soit par malice pour servir les intérêts du Roi Léopold II, Roi des Belges.

Pour le cas de l’Ubembe en général et Minembwe en particulier, « la terre appartient aux WaBembe » comme le décrit l’explorateur Britannique Sir Richard Francis Burton dans son livre The Lake regions of Central Africa : a picture of exploration.

Vol. 2. Déjà en 1860, un rapport de la société de géographie (1860, p.20) les décrit en ces termes : « Ces tribus sont gouvernées par des petits princes dont l’autorité despotiques n’a pas été un des moindres obstacles qu’ont dû vaincre les voyageurs. L’une de ces tribus est celle des Wabembe, redoutée comme anthropophage, et chez laquelle aucun Arabe n’ose se hasarder ».

Comme l’indique ce rapport de la Société de géographie Belge, il existait bel et bien des chefs coutumiers avant le colonialisme dont aucun n’était Banyarwanda encore moins « Banyamulenge » dans le Pays des Babembe.

Par exemple, quand l’explorateur Britannique le Docteur David Livingston explore le Congo en 1867 à la recherche de la source du Nil, il était accueilli à Lusenda dans un palais royal de la place, chez le Roi Cazembé [Bashisembe].

Les chefs étaient donc en charge de l’ordre public, de l’hospitalité, la paix et la guerre. Un rapport du Journal La croix (1887) apporte des précisions sur ce sujet : « Au tour d’une de ces expéditions, un néophyte nous disait : « Dans l’Ubembe les hommes sont aussi nombreux que l’herbe des champs ; ils ont des villes qui couvrent un espace de plus de quatre kilomètres de longueurs’ ».

En faisant la part de l’exagération si naturelle aux nègres, il est permis de conclure de ce rapport que nous sommes en présence d’une population passablement dense. Un des chefs a pris avec nous un engagement de nous introduire dans sa tribu.

Ils paraissent doués d’un grand fons d’honnêteté naturelle. Il y a trois semaines environ, le père Wynck remit à un chef quelques coudées d’étoffes en le priant de nous envoyer des vivres pour leur valeur, lorsqu’il serait de retour dans sa tribu ».

Le pays de Babembe ou l’Ubembe, a existé jusqu’en 1899 quand l’Etat Indépendant du Congo (EIC) crée ce qui sera appelé plus tard le poste de Kalembelembe. En 1900 Foebel fonde le poste de Kalembelembe (secteur Ngangya). C’est le premier poste fixe en Bubembe.

A croire les traditions orales, le nom Kalembelembe serait une déformation de la langue Bembé attribuée par les Belges au village Elekya (Kilicha). Kilitcha, alors sous le règne d’un certain Mlela Ebu’ela [connu par son nom de CHANGUVU], grand allié des révoltes de la colonne Dhanis, avait tué deux soldats Belges envoyés pour négocier la paix avec les révoltés.

Mlela [CHANGUVU] décide alors de s’abstenir de se rendre à la réunion convoquée par les agents de la Force Publique. A son insu, son frère M’banduci [connu sous son nom de SAWASAWA] décide de s’y rendre à sa place pour faire la paix car c’est depuis 1820 que les Babembe étaient déjà dévastés par de guerres et menaces de disparition.

Il remit alors toutes les armes abandonnées par les mutins et déclara « Tunapenda Kalembe». L’appellation Kalembelembe alors vit le jour et le « Pays de Babembe » verra sa première épreuve existentielle.

Les chefs suivants seront alors reconnus et investis par le pouvoir colonial en 1908 : Kalembelembe (clan ‘Ashilu), Ngalula (clan Bungwe), Ilinda (clan Bungwe), Yambayamba (clan Tombwe), Kasangala (clan Basikasingo), Penge (clan Mnyaka) et Yahonda (clan Mémbé). En 1909 Plusieurs d’autres chefs sont nommés : Mukuku (clan M’mindje), Sibacwa (clan Lala), Mboko (clan Bungwe), Mwezi (clan M’muma), Lisasi (clan Mnyaka), ‘Abonga (clan M’mindje) et la chefferie ‘Eloco passe du secteur Kalembelembe au secteur Baraka. Aucun chef n’est munyarwanda, encore moins « Banyamulenge ».

Le 5 Octobre 1910, Kalembelembe est divisé en 21 chefferies qui sont : Babuy[u], Kabalaka, Kabonga, Kilenge, Kilozo, Kisaoko, Lisase, Lukandamiza, Mwenelubanda, Mangilwa, Milingita, Mulamba, Mshingelwa, Mkuku, Mvano (Unano), Mwezi, Nundu, Pole, Shibatchwa, Sumahili et Tembele.

Aucune d’elles n’est attribuée aux réfugiés rwandais. La monnaie y est mise en circulation. Le chef ‘Esale et les Basi’m’mindje quittent la vallée de la Mtambala (zone Msambya) où ils étaient fixés depuis les guerres Bingya, pour se retirer dans l’arrière-pays de l’Itombwe.

Le 15 Avril 1926 un décret est signé préconisant la désignation des territoires du Congo-Belge par les noms des ethnies respectives qui les habitent. Le territoire de Kalembelembe [littéralement : une Paix abondante] devient alors le territoire des Babembe le 1er octobre 1926.

Le chef-lieu va garder le nom de Kalembelembe jusqu’en 1935. Le décret du 5 Février 1935 lui attribuait finalement le nom de territoire de Fizi. En 1937, le territoire de Fizi est divisé en cinq Secteurs : le secteur d’Itombwe, secteur de Lulenge, le secteur de Mutambala, le secteur de Nganja et le secteur de Tanganyika. Aucun de ces secteurs n’est confié ni administré par un Munyarwanda, encore moins par un « Banyamulenge ».

Actuellement, l’espace Ubembe couvre deux territoires : le Fizi actuel et le secteur d’Itombwe, désormais appartenant au Territoire de Mwenga depuis le 31 décembre 1947. Le secteur d’Itombwe fut rattaché au territoire de Mwenga (cf. le Procès-verbal du découpage et délimitation de frontières de ces deux territoires en annexe 2).

Cette décision, était prise sans prendre en compte le consentement de la population Bembe qui se voulait unie mais qui a été divisée en deux les uns rattachés aux Lega dans le territoire de Mwenga et les autres aux côtés des Zoba dans le territoire de Fizi. Cependant cette décision avait laissé des tendances irrédentistes entre le peuple Bembe toujours voulant conserver son unité.

Il sied de rappeler qu’avant la razzia arabe, l’Ubembe était une terre d’hospitalité où les gens poussaient comme de l’herbe des champs. Les Babembe vivaient en paix avec tous leurs voisins particulièrement les Lega – qu’ils considèrent comme leurs frères ainés -, Vira et les Nyindu avec qui ils faisaient le commerce de produits agricoles en échanges des flèches.

Malgré les multiples incursions arabes, coloniales et la rébellion Muleliste, l’Ubembe (Fizi-Itombwe) avait accueilli entre 1937 en 1959 un nombre important de réfugiés Rwandais fuyant de conflits dans leur Rwanda natal.

Quand l’Ubembe est découpé en deux, le problème de la transhumance des réfugiés Rwandais est évoqué le 21 septembre 1953 aux monts Kakwela [akwela] et Nakabunga entre l’Administrateur du territoire a.i. de Fizi M. Van Caester, l’administrateur assistant du territoire de Mwenga Monsieur Jean Schwall (cf. le procès-verbal en annexe).

Les autochtones (indigènes) Babembe de Fizi et d’Itombwe (Matayobo et Etongo) seront représentés par un certain Arille Guerlement (cf. Le Procès-Verbal en Annexe 2). Ces réfugiés Banyarwanda (aujourd’hui « Banyamulenge ») seront traités comme tout autre étranger dans l’Itombwe.

Leur nombre était estimé à 200 familles avec leurs vaches estimées entre 400 et 600. Ils seront interdits de séjourner du coté Mwenga (cf. le procès-verbal en Annexe 2). La transhumance de bétail de Banyarwanda sera aussi interdite du côté Mwenga.

Le chef Matayabo de Lulenge (Fizi) va accepter d’offrir asile à ces réfugiés rwandais dont le séjour et la transhumance de bétails sont interdits à Mwenga (cf. le procès-verbal annexe). En échange, les Banyarwandas payaient de l’itolo (droit de séjour) aux chefs autochtones en l’occurrence les vaches.

Ce système évoluera ainsi jusque vers les années 1980. Vers les années 1986, les réfugiés rwandais décidèrent de ne plus se considérer comme des réfugiés Banyarwanda (les rwandais) mais se sont autoproclamés des « Banyamulenge », les habitants de Mulenge.

A ce sujet, Barnabe Kikaya Bin Karubi (1999, p.105) n’avait donc pas tort quand il déclara, dans une conférence sur la crise en RDC, que
« Banyamulenge » est un terme dérogatoire utilisé pour se référer à ces réfugiés [Rwandais], de la même manière que les réfugiés économiques Africains sont connus en Afrique du Sud comme des « Amakwerere ». Ils ne peuvent pas être appelés de colons. Au fait, c’est fallacieux de les décrire ainsi…

Il est ainsi démontré que la présence des réfugiés rwandais, aujourd’hui « Banyamulenge » autoproclamés, dans le pays de l’Ubembe date de 1937. Ils n’ont jamais eu de terre chez les Babembe.

Ils n’en auront jamais. Une loi peut abroger une autre, ce fut le cas de l’ordonnance-loi dite Bisengimana n° 71-020 du 26 mars 1971 relative à l’acquisition de la nationalité congolaise par les personnes originaires du Ruanda-Urundi établies au Congo au 30 juin 1960, abrogée avec effet rétroactif par la loi de 1981.

Tel sera le cas aussi d’un décret conférant frauduleusement le statut d’une commune rurale à un village qui sera inévitablement annulé par un autre décret dès qu’il sera mis fin à l’occupation rwandaise. Qu’on ne s’y trompe pas.

Minembwe : le dernier verrou de la nationalité des « Banyamulenge » ?

Depuis 1996 le terme « Banyamulenge » désigne abusivement tous les Banyarwanda en particulier des Tutsi se trouvant au Congo pendant qu’en réalité cette appellation ne devrait designer que « ceux qui sont de Mulenge (littéralement : les natifs de Mulenge) » c’est-à-dire les Bafuliru qui sont les autochtones propriétaires de la terre de Mulenge.

La constitution actuelle de la RDC reconnaît implicitement, en son Art.10 (3), la réalité selon laquelle les terres de la République sont l’émanation des terres coutumières appartenant jadis aux chefs des ethnies et tribus de ce qui est devenu la RDC le jour de son indépendance le 30 juin 1960.

Cet article de la constitution congolaise stipule qu’ « Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du Congo) à l’indépendance ». Seuls, en République démocratique du Congo, les « Banyamulenge » sont une exception à cette règle.

En effet, n’ayant pas constitué une ethnie congolaise avant l’indépendance et n’ayant pas de territoires propres à eux en terre congolaise, ces réfugiés rwandais se sont toujours mis en marge de la loi. Ils réclament aujourd’hui le rétablissement de leurs chefferies – sans les citer – qui n’ont jamais existé au Congo.

Cela s’appelle une déclaration de guerre. Cette guerre a déjà été imposée aux congolais par un décret passé clandestinement créant la commune rurale de Minembwe, dans l’Ubembe (territoire de Fizi-Itombwe), une commune à eux, réfugiés rwandais.

Mais revenons à la notion de la grammaire Swahili présentée précédemment pour démontrer l’absurdité de la démarche entreprise par les réfugiés rwandais en s’attribuant ladite commune. Le pays ancestral (indigène ou autochtone) de « Banyamulenge » n’est pas Unyamulenge comme la règle le veut. Ils ne parlent pas le Kinyamulenge mais le Kinyarwanda, le Rwanda étant leur pays d’origine.

En conséquence, la question reste entière. Car, d’une part, cette notion d’appartenance à une tribu et à un territoire précolonial voulue par l’Art.10 (3) de la constitution congolaise ne s’applique pas aux Congolais qui ont acquis la nationalité après l’indépendance du Congo.

De ce fait, les « Banyamulenge » ne peuvent en aucun cas se prévaloir d’une quelconque nationalité d’origine ou/et des quelconques terres ancestrales car ils sont, selon Weiss (1959 :148) « les descendants des émigrés Rwandais ».

Cette super-équation de l’érection d’une commune ou d’un territoire exclusivement Banyarwanda dans les territoires ethniquement Bembe, Fuleri, Vira, Nyindu et Lega continuera à être le nœud du problème entre les autochtones Bembe, Nyindu, Fuleru,Vira, Lega et les immigrés Banyarwanda car il existe au Congo des territoires ethniques et des territoires étatiques.

D’autre part, enfin, la question reste entière parce que celui qui n’est pas congolais d’origine ne peut devenir congolais que par naturalisation. Or, l’alinéa 2 du même article 10 de la constitution énonce que l’acquisition de la nationalité congolaise est individuelle.

Il en ressort que l’acquisition de la nationalité congolaise par naturalisation ne peut, en aucun cas, s’opérer en masse. Ainsi, quiconque n’est pas congolais d’origine doit justifier d’avoir acquis, individuellement, la nationalité congolaise par naturalisation.

Conclusion.

Que les choses soient suffisamment claires pour les Banyarwanda dits « Banyamulenge » : si à Sun City ils ont imposé l’abrogation de la loi de 1981 sur la nationalité congolaise sous la menace des armes, ils ne pourront plus croire qu’ils agiront toujours de la sorte pour revendiquer et obtenir un droit indu : l’indu est sujet à répétition et la fraude corrompt tout, fraus omnia corrumpit dit-on en droit. Les terres des Babembe ne sont pas négociables.

De la même manière les Babembe avaient courageusement affronté les esclavagistes arabes et les colonialistes belges, de la même manière ils opposeront la plus farouche des résistances à l’occupant rwandais.

Il n’y a qu’une seule solution à la crise créée par l’érection frauduleuse de Minembwe en commune rurale : il s’agit d’une partie de l’Ubembe, pays des Babembe.

Or, les Babembe n’ont jamais demandé que cette partie de leur terre soit érigée, sans en remplir les conditions légales et réglementaires d’ailleurs – en commune rurale. Seule l’annulation pure et simple du décret créant la commune de Minembwe est susceptible de ramener la paix. A défaut par les pouvoirs publics de le faire, les Babembe le feront, eux-mêmes.

Il est bien évident que la MONUSCO qui opère aux côtés des Banyarwanda dits « Banyamulenge » ne restera pas au Congo ad vitam aeternam. Le Rwanda et son armée n’impressionnent pas les Babembe.

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Annexe 1. La carte d’ Edward C. Hore sur les 12 tribus de Tanganyika (1883).

Annexe 2 : Procès-Verbal de la Réunion- Frontières des Administrateurs de Territoires de Mwenga et de Fizi tenue aux monts Nakabunga et Kakwela le 21 Septembre 1953.

Annexe No 3. Lettre Circulaire de l’Organisation des Nations Unies au Congo (ONUC) aux réfugiés Rwandais de Lemera, Mulenge et Katobo interdisant leur implication dans la politique au Congo.

Par FiziMedia.


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