RDCongo: le président Tshisekedi défend son budget surévalué

Written by on décembre 14, 2019

Félix Tshisekedi a prononcé vendredi son premier discours sur l’état de la Nation devant le parlement congolais réuni en congrès. Ce discours est imposé depuis 2006 par la Constitution et seul Joseph Kabila s’était, jusqu’ici, soumis à l’exercice.

Le nouveau Président a été investi le 24 janvier dernier, dans la contestation puisque les bulletins électoraux qui devaient confirmer sa “victoire” n’ont jamais été produits. Plusieurs heures avant son discours, des militants de son parti, l’UDPS, se massaient déjà autour du bâtiment; ils ont entretenu une ambiance surchauffée à l’intérieur.

80 millions de Congolais

Le président Tshisekedi a justifié son insistance à imposer au gouvernement un budget de 10,2 milliards de dollars – le double du budget 2019 – alors que les recettes attendues ne peuvent dépasser 6,3 milliards de dollars, selon les experts.

“Comment les gens peuvent-ils s’étonner que le gouvernement propose un budget de 10 milliards de dollars avec 80 millions de Congolais?”, a déclaré le chef d’Etat, apparemment persuadé qu’une approche volontariste amènera le progrès. “Ce n’est pas en maintenant un budget à 4 milliards de dollars que nous pourrons changer ce rapport à la pauvreté dont j’ai parlé”.

Dans ce pays béni des dieux quant aux ressources en eau, terre et minerais, la misère frappe entre trois quarts et deux tiers de la population congolaise, selon les évaluations. Très peu de statistiques fiables existent, en raison de la gabegie et de la corruption déjà anciennes qui paralysent l’Etat.

La spirale endettement-inflation-appauvrissement

Si le sénat congolais votait ce budget déjà approuvé par l’Assemblée nationale, l’Etat devrait emprunter à l’extérieur pour compenser les recettes manquantes (il ne dispose plus de devises que pour une semaine d’importations) et risquerait fort d’entraîner le Congo dans une spirale endettement-inflation-appauvrissement.

Si le sénat refusait ce budget, le président Tshisekedi ne pourrait tenir  les nombreuses promesses qu’il a faites, ce qui occasionnerait des protestations, voire des troubles.

La corruption insupportable

La lutte contre la corruption est une des exigences du Fonds monétaire international (FMI) envers Kinshasa. L’institution financière internationale doit commencer lundi à examiner si elle prêtera ou non au Congo une somme de 370 millions de dollars pour renflouer sa Banque centrale, dont les réserves de change ont diminué de moitié depuis l’arrivée à la Présidence de Félix Tshisekedi. Si ce prêt n’était pas accordé, Kinshasa rencontrerait les plus grandes difficultés à se voir octroyer des prêts par la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD) ou des Etats bailleurs de fonds.

Aussi, dans son discours, M. Tshisekedi a-t-il assuré – notamment aux “combattants” de l’UDPS, présents en force dans la salle – qu’il était “au courant  de la persistance de pratiques de corruption et de l’existence de réseaux de fraude massive”. Si, en septembre dernier, il avait annoncé à Bruxelles la création d’une agence anti-corruption “dans la logique des Incorruptibles” du FBI américain, dans son discours de vendredi il a évoqué “une structure judiciaire, voire même une juridiction spécialisée dans la lutte contre la fraude fiscale, le blanchiment de capitaux ainsi que le détournement des deniers publics”.

Entre son arrivée à la Présidence et la formation d’un gouvernement, en août, M. Tshisekedi a profité de la quasi-inaction du gouvernement sortant, “en affaires courantes”, pour prendre une série d’initiatives. Or, de nombreux contrats signés alors par la Présidence l’ont été en dehors des normes légales. Une somme de 15 millions de dollars a en outre disparu mais le chef de l’Etat n’a rien fait pour  secouer les soupçons qui pèsent sur ses services. Le 9 décembre, le Conseil européen a noté “la persistance de la corruption, du blanchiment d’argent” à Kinshasa et la lutte contre la corruption est au centre de la mission du FMI arrivée à Kinshasa au début de ce mois.

Retour à une présidentielle à deux tours?

Félix Tshisekedi s’est par ailleurs demandé, lors de son discours: « Ne devrions-nous pas nous interroger sur les avantages du rétablissement du second tour de l’élection présidentielle de manière à ce que le vainqueur puisse être investi de la légitimité suffisante pour appliquer sa vision? »

Le second tour avait été supprimé par Jospeh Kabila en prévision des élections de 2011 – marquées par des fraudes massives et jugées « non crédibles » par les observateurs – à l’issue desquelles il s’était maintenu au pouvoir. Une élection à un seul tour permet au chef de l’Etat sortant de bénéficier des divisions de l’opposition; une élection à deux tours coalise l’opposition sur le nom du challenger.

Hommage à l’Eglise catholique

Enfin, M. Tshisekedi a rendu hommage à Joseph Kabila, qui n’avait pas jugé bon d’assister au discours à la Nation de son successeur. Il était prévu par le protocole de la Présidence qu’il arrive cinq minutes avant le Président; ceci explique-t-il cela?

Tshisekedi a également rendu hommage à l’Eglise catholique. Celle-ci avait déployé, lors des élections présidentielle et législative du 30 décembre 2018, un très important dispositif parallèle de comptage des voix et avait conclu que le vainqueur proclamé de la présidentielle (Félix Tshisekedi) « n’était pas celui » que donnait le décompte des bulletins de vote (Martin Fayulu).

Ce n’est pas pour ce rôle d’accompagnement des citoyens que l’Eglise a été honorée par le chef de l’Etat, mais pour celui qu’elle avait tenu dans la médiation ayant abouti à l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, très peu observé par Joseph Kabila, alors Président qui jouait les prolongations inconstitutionnelles, mais qui avait fini par mener aux scrutins de 2018.

fizimedia.com

source:LA


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